Dictionnaire International des Termes Littéraires
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COMPARAISON / Comparison

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ETYMOLOGIE / etymology

Du latin comparatio : « action de comparer », mais employé également comme terme de grammaire et au sens d’ « exemple, parabole ». Attesté en français en 1174, sous la forme de comparisun dans Saint-Thomas de G. de Pont-Ste-Maxence, au sens de « action de comparer pour faire ressortir les ressemblances et les différences », au XIIIe siècle, sous la forme de comparison et comme figure de rhétorique dans la traduction du Trésor de Bruno Latini par F.J. Carmody (III, 13), et dès la fin du XIVe siècle sous sa forme actuelle. Attesté en anglais en 1340 au sens d’ « action de comparer », sous la forme de comparyson, chez Hampole, puis en 1385, chez Chaucer, sous la forme de comparison.

ETUDE SEMANTIQUE / Definitions

1. (Sens général).Considération simultanée de deux ou plusieurs éléments (objets, idées, personnes) qui appartiennent au même système référentiel afin de les mesurer l’un ou les uns par rapport à l’autre ou les autres, selon des rapports de supériorité, d’égalité ou d’infériorité : « Cet arbre est plus beau que les autres » ; « Paul est aussi intelligent que son père ». C’est la comparaison simple.

2. (Rhétorique, Stylistique). Figure de style fondée sur le rapprochement de deux éléments qui n’appartiennent pas au même système mais entre lesquels est établi un rapport d’analogie, à des fins poétiques ou herméneutiques : « Il est fier comme un lion ». C’est la comparaison figurative. Comme dans la comparaison simple, celle-ci est formée de trois composantes : le comparé, le comparant et un mot outil qui peut provenir de toutes les catégories grammaticales.

3. (Grammaire comparée, Littérature comparée). Méthode fondée sur l’établissement d’analogies entre des phénomènes linguistiques (par exemple des formes grammaticales) ou des phénomènes littéraires, afin de mettre en lumière des ressemblances et des différences significatives (voir article « Littérature comparée »).

COMMENTAIRE / Analysis

D’une manière générale, la comparaison rapproche formellement des objets, personnes ou idées, c’est-à-dire par des liens explicites.

Mais il y a lieu de distinguer d’emblée la comparaison simple et la figure de style qui porte le même nom. On peut, à cet égard, comme Bernard Dupriez dans le Gradus (Paris : U.G.E, 1984) évoquer tour à tour la « comparaison simple » et la « comparaison figurative », celle-ci intéressant davantage la critique littéraire. Ces deux types de comparaisons se ressemblent par leur structure : un comparé, un comparant et un mot outil de comparaison qui peut appartenir à toutes les catégories grammaticales. Il va sans dire que la comparaison, au-delà du phénomène linguistique ou stylistique micro-structural, peut devenir une méthode dans des disciplines comme la littérature comparée.

La comparaison simple est très fréquente dans le langage courant. On peut aussi la rencontrer dans les œuvres littéraires, mais sans qu’elle soit destinée à provoquer un effet esthétique particulier. Elle rapproche des éléments qui appartiennent au même système référentiel, à la même isotopie. Ce type de comparaison sert à mesurer. Il s’agit d’établir entre ces éléments des degrés de supériorité (« Paul est plus intelligent que son père »), d’égalité ou de similitude (« Paul est aussi intelligent que son père », « Paul ressemble à son père », « Paul est pareil à son père sur tel point »), ou d’infériorité (« Paul est moins intelligent que son père »). Ce type de comparaison utilise ce que les grammairiens et les linguistes appellent des « degrés de comparaison », c’est-à-diredes degrés affectés à une qualité : outre le « positif » (« Il est grand »), le « comparatif » («Il est plus grand que son frère », « Il est aussi grand que son frère », « Il est moins grand que son frère », le « superlatif » (« Il est le plus grand »).

La comparaison simple, lorsqu’elle s’applique aux personnes ou à leurs malheurs par exemple, a pu donner lieu, sous la plume de certains écrivains, à des doutes sur son efficacité voire à une désapprobation. Comme Bernardin de Saint-Pierre, dans Paul et Virginie (1788), on peut mettre en cause la facilité de la comparaison dans certains cas : « Il n’y a rien que l’esprit humain fasse si souvent que des comparaisons. Et par la comparaison que je fais de leur sort au mien, ils me font jouir d’un bonheur négatif » (Paris : Firmin-Didot, 1806, p. 178). Comme Paul Valéry, dans Regards sur le monde actuel (1931), on peut désapprouver la comparaison (simple) en tant que pratique langagière dans la vie sociale : « subir l’épreuve des comparaisons, affronter la critique, la jalousie, la concurrence, la raillerie et le dédain ». Dans la littérature anglaise, les comparaisons de ce type entre personnes sont souvent qualifiées d’ « odious ». C’est le cas, par exemple en 1579, dans Euphues de Lily : « Least comparisons should seem odious ». En 1822, William Hazlitt les dénonce également dans son Table-Talk : « Comparisons are odious, because they are impertinent…making one thing the standard of another which has no relation with it ».

La « comparaison figurative », figure de rhétorique, figure de style, met en relation un comparé (thème) et un comparant (phore) qui appartiennent à deux systèmes référentiels différents. Depuis la Poétique d’Aristote, la comparaison est à la fois rapprochée et distinguée d’une autre figure : la métaphore. Aristote écrit : (voir texte grec sur papier) : « La comparaison est aussi une métaphore : elle en diffère peu ; en effet, quand Homère dit d’Achille : ‘Il s’élança comme un lion’, c’est une comparaison ; mais quand on dit : ‘le lion s’élança’, c’est une métaphore ; comme les deux sont courageux, le poète a pu, par métaphore, appeler Achille un lion » (Budé, III, 4, II. 20-26).

Plus près du XXIe siècle, les opinions sont divergentes. Ainsi, le critique littéraire belge Albert Henry, dans Métonymie et métaphore (Bruxelles : Palais des Académies, 1983), dissocie nettement comparaison et métaphore : « La comparaison et la métaphore diffèrent dans leur essence même » (p. 85). Selon lui, la métaphore n’est pas une « comparaison condensée », « parce que la métaphore exprime autre chose que la comparaison ».Toutefois, il donne par la suite un exemple peu convaincant : « il est arrivé en même temps que moi. Comment ‘abréger’ en métaphore une telle comparaison » (p. 86). L’exemple relève de la « comparaison simple », servant à mesurer, qui, effectivement, n’a rien à voir avec la métaphore.

En revanche, pour Jean Mazaleyrat et Georges Molinié, dans leur Vocabulaire de la stylistique (Paris : P.U.F., 1989), la structure profonde de la comparaison, comme « micro-structure », est exactement la même que celle de la métaphore. C’est le discours, la forme qui les différencie. Cela implique qu’on adopte la distinction pertinente, et permettant d’éviter toute confusion, entre « comparaison simple » et « comparaison figurative ».

La comparaison est parfois distinguée de la métaphore par un jugement de valeur. Selon James de Finney, à l’entrée « Comparaison » du Dictionnaire de la linguistique de Georges Mounin (Paris : P.U.F., 1974), « Son caractère imagé est souvent contesté, surtout depuis le romantisme, à cause de son allure trop explicite ; elle n’a pas, dit-on, la force suggestive de la métaphore puisqu’elle est une simple juxtaposition de sens et non une fusion ou une transposition ». Comme il l’écrit également : « L’interprétation de la métaphore peut être plus difficile à cause de cette absence de liens explicites, mais toutes deux reposent sur le principe d’analogie et sont de même nature ».

Certes, la comparaison, dans sa fonction ornementale, a surtout été employée, en France, par les « petits romantiques » et par les Parnassiens. On peut citer, par exemple ces comparaisons, respectivement de Leconte de Lisle et de François Coppée : « Les âmes sans vertu dorment d’un lourd sommeil/ Comme des arbrisseaux viciés dans leur tige/ Qui n’ont verdi qu’un jour et qui n’ont vu qu’un soleil » et « Un nom cher fut gravé sur un arbuste frêle/ L’arbre aujourd’hui géant a cent fois reverdi. / Vois : sur le tronc rugueux les lettres ont grandi/ Tel dans un cœur aimant un souvenir fidèle ».

Certes aussi, nombre de comparaisons sont devenues des clichés : « belle comme le jour », « fort comme un lion », « bavard comme une pie », etc (voir article « Cliché »).

Pourtant la « comparaison figurative » a pu, avant le romantisme (plus enclin à la métaphore), et avant d’être renouvelée par les symbolistes et par les surréalistes par exemple, susciter des effets esthétiques de surprise ou d’entraînement du lecteur.

Déjà la comparaison homérique, type très ample de comparaison rhétorique a pu entraîner le lecteur par sa richesse. Ainsi, dans l’Iliade, au Chant XIII, le narrateur évoque Idoménée, chef des Crétois, attendant l’assaut d’Énée, en le comparant longuement à un sanglier et en développant les deux éléments de sa comparaison : « On croirait voir un sanglier sûr de sa force qui, dans un lieu désert de la montagne, attend l’assaut tumultueux d’une troupe nombreuse,– ses yeux sont embrasés et son dos se hérisse ; il aiguise ses dents, brûlant de repousser les hommes et les chiens : c’est ainsi que l’illustre Idoménée attend, sans reculer d’un pas, l’assaut du preux Énée arrivant an renfort » (Pléiade, p. 318, trad. par Robert Flacelière). Dans l’Odyssée, au Chant VI, Ulysse affamé arrivant à Ithaque et se présentant à Nausicaa, est ainsi figuré : « Tel un lion des monts, qui compte sur sa force, s’en va, les yeux en feu, par la pluie et le vent, se jeter sur les bœufs et les moutons, ou court forcer les daims sauvages, c’est le ventre qui parle. Tel, en sa nudité, Ulysse s’avançait vers ces filles bouclées : le besoin le poussait… « (p. 636, trad. par Victor Bérard).

La comparaison peut parfois constituer à elle seule tout un poème. Il en est ainsi chez Ronsard, dans Les amours de Cassandre et dans Les amours de Marie. Dans le premier recueil, le sonnet LIX, qui commence par « Comme un chevreuil… » développe ce comparant sur deux quatrains et un tercet, le deuxième tercet évoquant ainsi le comparé, c’est-à-dire le poète : «Ainsi j’alloy sans espoir de dommage,/ Le jour qu’un œil sur l’avril de mon âge/ Tira d’un coup mille traits en mon flanc » (Pléiade, Œuvres complètes, t. I). Dans le deuxième recueil, le célèbre sonnet à Marie morte « Comme on voit sur la branche au mois de may la rose », évoque cette fleur éphémère sur deux quatrains avant de chanter et de pleurer la vie éphémère de Marie dans les deux tercets : « Ainsi en ta première et jeune nouveauté, / etc. » (pp. 184-185). Dans les deux cas le comparant vient avant le comparé, créant l’effet de surprise et d’émotion. Beaucoup plus tard, dans son poème des Fleurs du mal, « Le flacon », ce n’est qu’après cinq quatrains sur un vieux flacon de parfum oublié dans une armoire, que Baudelaire apporte au lecteur la marque même d’une comparaison : « ainsi » et en arrive au comparé, lui-même : « Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire/Des hommes […] » (Pléiade, Œuvres complètes, t. I, p. 48). La comparaison surprend le lecteur et l’amène à une réflexion sur sa propre mortalité.

Au XIXe siècle, en France et en Angleterre par exemple, certains écrivains ont commencé à soumettre à la critique leurs propres comparaisons, aussitôt après les avoir formulées. Ce fut le cas, entre autres, de Byron, de Théophile Gautier, puis de Lautréamont, lui-même à l’origine de renouvellements. Gautier écrit dans Mademoiselle de Maupin : « Il sentit se poser sur son épaule – une main – pareille à une petite colombe qui descend sur un palmier. – La comparaison cloche un peu en ce que l’épaule d’Albert ressemble assez légèrement à un palmier ; c’est égal, nous la conservons par pur orientalisme » (Paris : Charpentier, p. 398). Lautréamont, dans Les chants de Maldoror, avertit le lecteur : « Il ne faut pas qu’un doute inutile tourmente ta pensée : toutes ces tombes, qui sont éparses dans un cimetière, comme les fleurs dans une prairie, comparaison qui manque de vérité, sont dignes d’être mesurées avec le compas du philosophe. Les hallucinations dangereuses peuvent venir le jour ; mais elles viennent surtout la nuit. Par conséquent, ne t’étonne pas des visions fantastiques que tes yeux semblent apercevoir » (Chant premier, str. 12, Pléiade, p. 71). La comparaison critiquée en entraîne une autre, fondée sur le « compas », plus mystérieuse, empruntée qu’elle est à William Blake. Lautréamont a proposé également des comparaisons qui établissent une analogie entre des réalités rarement associées, comme dans cette double comparaison à propos d’un être énigmatique, d’ « une substance corporelle » que Maldoror rencontre au cours de ses errances : « Quoiqu’il ne possédât pas de visage humain, il me paraissait beau comme deux longs filaments tentaculiformes d’un insecte ; ou plutôt, comme une inhumation précipitée[…] » (Chant cinquième, str. 2, p. 192).

Déjà, dans ce dernier type de comparaison, la « tension de la comparaison », selon les termes de Daniel Bergez, Violaine Géraud et Jean-Jacques Robrieux, dans leur Vocabulaire de l’analyse littéraire (Paris : Dunod, 1994), c’est-à-dire la distance sémantique qui sépare le comparant du comparé, est plus « énigmatique » que « motivée ». Or, les poètes surréalistes, lorsqu’ils ont employé la comparaison, ont poursuivi dans cette voie, le procédé devenant cognitif, herméneutique, faisant appel à l’interprétation du lecteur. Il en est ainsi de la célèbre comparaison de Paul Éluard, dans L’amour, la poésie : « La terre est bleue comme une orange », où le comparant, le comparé et leur relation surprennent par le choix des couleurs et par leur rapprochement, à charge du lecteur d’en décrypter (ou non) le symbolisme. Certains ont pu « motiver » davantage leur comparaison, même rare, comme André Breton dans son Dictionnaire abrégé du surréalisme, dans le passage « à Jacqueline » : « Quand s’ouvre comme une croisée sur un jardin nocturne – la main de Jacqueline X » (Œuvres complètes, t. II, p. 817). Ici, l’ouverture constitue une analogie possible entre le comparant et le comparé. Boris Vian a pu jouer adroitement, quant à lui, sur la confusion possible entre la « comparaison figurative » et la « comparaison simple », par exemple dans Le loup-garou : « un morceau de pain frais comme l’œil et, comme l’œil, frangé de longs cils » (Paris : Bourgois, 1970, p. 183).

Marcel De Grève

Rijksuniversiteit Gent

BIBLIOGRAPHIE / Bibliographie

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