Dictionnaire International des Termes Littéraires

Mode Article

ANTISTROPHE / Antistrophe

ETYMOLOGIE / etymology

ETUDE SEMANTIQUE / Definitions

COMMENTAIRE / Analysis

Le lyrisme choral grec étant construit sur la base de strophes, le chœur exécutait des pas de danse rythmique au cours du parodos et du stasima, en se déplaçant d’un côté à l’autre de la scène. Pendant l’antistrophe, le chœur exécutait le même mouvement en sens contraire. Strophe et antistrophe représentent une correspondance métrique parfaite. Elles sont suivies d’une épode.

Au Ve siècle avant notre ère, le poète grec Pindare a articulé ses odes sur ce mouvement. En France, au XVIe siècle, par exemple, Ronsard a repris cette triade à Pindare dans ses premières Odes (Livre I, I-XV ; 1550), mais, comme l’accompagnement choral n’existait plus, il s’agissait plutôt d’une technique de composition métrique, de groupement de vers. L’antistrophe suit la même formule que la strophe, c’est-à-dire, comme le précisent Jean Mazaleyrat et Georges Molinié : « un système composé, fait d’une succession de trois ou quatre séries croisées, embrassées ou en rhytmus tripertitus, combinant des vers courts (hexa- hepta ou octosyllabes » (ex : ababcdceffe) (Vocabulaire de la stylistique. Paris : P.U.F., p.24). Chez Ronsard, la strophe et l’antistrophe sont en octosyllabes et l’épode en heptasyllabes.

Mais, quelques années auparavant, en 1532, ce que Rabelais appelait antistrophe dans Pantagruel se nomme habituellement contrepèterie et celle-ci est devenue célèbre : « En son saye avoit plus de vingt et six petites bougettes et fasques, toujours pleines(…) en l’aultre, deux ou troys mirouers ardens, dont il faisoit enrager aulcunesfoys les hommes et les femmes et leur faisoit perdre contenence à l’église : car il disoit qu’il n’y avoit qu’un antistrophe entre femme folle à la messe et femme molle à la fesse… (Chap. XVI, Pléiade, p.262). En 1583, Etienne Tabourot consacre le VIIIe chapitre de ses Bigarrures aux « Antistrophes ou Contrepèteries », et comme souvent il s’inspire de Rabelais. Il semble que ce sens soit resté spécifiquement français (on ne le trouve, par exemple, ni en anglais, ni en néerlandais).

Par extension, le terme peut désigner une façon de s’exprimer familière, à des fins comiques : l’antistrophe relève plutôt alors du jeu de mots.

Marcel De Grève

Rijksuniversiteit Gent

BIBLIOGRAPHIE / Bibliographie

Mazaleyrat, Jean ; Molinié, Georges. – Vocabulaire de la stylistique. – Paris : Presses Universitaires de France, 1989.

Ruse, Christina ; Hepton, Marilyn.– The Cassell Dictionary of Literary and Language Terms. – London : Cassell, 1992.