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INTERCULTURALITÉ/Interculturality

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ETYMOLOGIE / etymology

Interculturalité est un néologisme des années quatre-vingts dont nous ignorons l'auteur ainsi que le lieu et la date exacte de la création et qui a tardé à entrer dans les grands dictionnaires allemand, anglais ou de langues romanes.

Le mot est composé de inter préfixe emprunté au latin que l'on trouve dans d'autres composés d'origine latine ou dans des formations de langues modernes et de culturalité. C'est probablement sous l'influence de l'anthropologie de langue anglaise et profitant aussi bien des mots français, allemand ou anglais culture, Kultur et culture, empruntés au latin cultura (nv. col «Cultiver le sol, vénérer, habiter»), que des dérivés adjectifs en -al, les composants culturalité tout comme kulturalität et culturality sont formés à l'aide du suffixe de qualité -ité, respectivement -ität ou -ity, suffixes qui correspondent à ità en italien ou idad et idade en espagnol et en portugais. Ces suffixes permettent de substantiver les adjectifs, déjà existants interculturel, interkulturell ou intercultural. Cependant en italien avec interculturalismo une autre forme de substantivation a été choisie (cf. Zingarelli, 1995: «Tendenza a favorire scambi e rapporti tra culture diverse»).

Modifié le 24 juin 2003 BB

ETUDE SEMANTIQUE / Definitions

COMMENTAIRE / Analysis

Culture et interculturalité

Dans le composé interculturalité, l'élément inter exprime une distance, une distribution, une répartition spatiale ou temporelle qui, comme le détermine le composant culturalité, se réfère aux questions des relations entre deux ou plusieurs civilisations. La notion d'interculturalité suppose donc l'existence d'au moins deux civilisations ainsi que de relations entre elles, alors que les notions intraculturel et intraculturalité se réfèrent à ce qui se passe dans une civilisation. L'aspect intraculturel s'occupe par exemple de la diversité régionale, ethnique, sociale ainsi que des particularités individuelles ou des interactions qui font évoluer une civilisation. On parle d'acculturation s'il y a assimilation sociale à une civilisation qui nous a vu naître et grandir (acculturation primaire) ou dont nous devenons membres à l'âge adulte par exemple à la suite d'un déplacement (acculturation secondaire), tandis que la notion de multicultularité ne sous-entend d'abord que la seule présence d'éléments ou de représentants de plusieurs civilisations, comme la présence de personnes provenant de civilisations différentes dans une société donnée, sans vraiment préciser la nature et la qualité de leurs rapports.

L'emploi des mots culture et interculturalité suppose un concept de culture et le concept de culture suppose une théorie de la culture. Ce sont les lettres ou ce que l'on appelle de nos jours l'anthropologie culturelle qui trouvent leur essence dans l'élaboration d'un concept et d'une théorie de la culture, ceux-ci pouvant avoir une tendance plutôt matérialiste, ou plutôt idéaliste. Ce qui veut dire que le concept et la théorie se trouvent dans le discours même de ces préoccuparations intellectuelles. Partant d'une notion qui dit que la culture est l'ensemble de ce que les hommes font d'eux-mêmes, de leur monde et de ce qu'ils disent, pensent, et - dans une certaine mesure - sentent, on reconnait que la culture, contrairement à la nature est ce qui est créé par l'homme. Puisque les données naturelles ne sont pas partout les mêmes et que le monde change avec les activités humaines, il existe selon l'espace et le temps des différentes culturelles, une pluralité de civilisations. La stabilité des civilisations est liée de manière proportionnelle à la possibilité qu'ont leurs membres de s'identifier à elles et, dans le cas contraire, elles sont instables. Ajouter à celà que tous les individus ne contribuent pas de la même manière et au même degré à l'évolution de leur civilisation, ce qui est évident. Cette évolution peut produire de tels changements que, certaines différences historisquement parlant obligent à reconnaître la présence successive de plusieurs civilisations au sein d'une même tradition. Ainsi l'on peut distinguer par exemple des civilisations médiévales en France ou en Allemagne.

À partir du moment où il existe plusieurs civilisations, partageant ou non la même tradition , il peut y avoir des relations synchroniques ou diachroniques entre elles, et c'est ce phénomène qu'on peut appeler interculturalité. S'il ne s'agit pas de civilisations entretenant des échanges, on distinguera la civilisation qui reçoit de celle qui donne. Dans un ensemble synchronique de civilisations plus ou moins indépendantes politiquement, une civilisation dominante peut jouir d'une hégémonie (par exemple la civilisation française dans l'Europe du XVIIIe siècle). Par ailleurs, une civilisation peut s'étendre après avoir soumis politiquement une autre (par exemple le colonialisme romain ou européen). Pour caractériser les différentes formes de relations interculturelles et les types de civilisation correspondants, on parlera d'adstrat, de substrat ou de superstrat culturel. Mais il faut également prendre en compte les phénomènes d'émancipation (par exemple les civilisations européennes qui se sont détachées de la civilisation française après le XVIIIe siècle), de dissociation (par exemple la dissociation des Etats-Unis de la civilisation anglaise) ou de rapprochement culturel (par exemple le rapprochement des auteurs et critiques italiens prenant pour modèle la littérature française au XIXe siècle) Phénomènes qui peuvent produire d'autres phénomènes secondaires comme la parenté (par exemple les civilisations romanes entre elles) ou l'affinité des civilisations (par exemple l'affinité des civilisations européennes entre elles).

C'est au XVIIIe siècle qu'on a découvert en Europe que les civilisations changent dans le temps et l'espace ; et l'on a considéré dès la première moitié du XIXe, que les civilisations étaient déterminées socialement. En même temps qu'apparaissait une idée politique qui atteignit son point culminant au XXe siècle liant la civilisation à l'idée de peuple autochtone, défini tantôt historiquement tantôt ethniquement et qui a pris la forme de Nation dans nos États modernes. Les recherches interculturelles actuelles s'opposent du point de vue national, très souvent nationaliste et impérialiste. Ce qui pourtant ne semble être possible qu'au prix d'un relativisme culturel qui, attribue indistinctement à chaque civilisation une valeur propre. Cependant si l'on peut définir la culture comme une sorte de mémoire collective, les cultures développées ressemblent à des mémoires forgées de longue haleine. Et, pourvu qu'un idéal commun soit reconnu, ces mémoires permettent de déduire de l'histoire ainsi que de la comparaison interculturelle des principes éthiques universels. Ainsi, tout en partant des différences entre les civilisations, l'interculturalité, grâce à ses fondements universalistes, ne rejette pas seulement l'indifférence du relativisme culturel, mais encore et surtout restrictif toute concept nationaliste et intégriste.

Toutes les sciences en principe, qui étudient ce que l'on appelle la civilisation ou la culture peuvent se livrer à des recherches interculturelles dont les résultats se recoupent nécessairement par certains côtés. Cela concerne surtout les produits culturels dont le transfert est relativement aisé et dont la littérature du fait de son histoire une place particulière. Cette littérature pose en outre des problèmes qui lui sont propres qui tiennent à sa dimension sémantique et au fait qu'elle utilise des langues naturelles dans une communication de caractère esthétique.

Interculturalité et littérature

Bien que l'idée de culture varie évidemment d'une civilisation à l'autre ou d'une théorie à l'autre, le concept inclut toujours les activités qui semblent propres à l'homme, à savoir les arts. Chaque art a certes ses traditions particulières et chaque société ses œuvres préférées, mais ce sont les civilisations développées qui écrivent l'histoire de l'art. L'histoire littéraire est en grande partie un phénomène objectivement et subjectivement interculturel dans la mesure où littérature et critique littéraire le sont. Car depuis qu'il existe des littérature et des contacts interculturels, il ne semble pas exagéré d'affirmer qu'il y a interculturalité littéraire .Et d'autre part, nous savons que dès l'origine, c'est-à-dire depuis l'antiquité classique, la critique littéraire a été une critique interculturelle, dans le sens où le critique appartient à une autre civilisation que celle de l'objet de ses études.

Il existe des relations littéraires interculturelles directes ou indirectes, synchroniques ou diachroniques. On peut parler de relation directe entre deux civilisations lorsqu'un personnage important ou un groupe important de la civilisation d'arrivée accueille une œuvre littéraire de la civilisation de départ dans la version originale. Pensons aux auteurs des romans antiques dans la France du XIIe siècle, qui ont profité de leur connaissance du latin, ou à l'aristocratie allemande du XVIIIe siècle, qui maîtrisait le français, et que dire de la francophonie d'aujourd'hui. N'oublions pas de mentionner ici les études sur les littératures étrangères qui, depuis le XIXe siècle, ont été institutionnalisées dans les universités. Ce qui permet à des spécialistes de s'occuper des relations interculturelles dans le cadre de nos sociétés de masse modernes, que caractérise la division du travail. Dans tous les cas de relations directes, il s'agit avant tout d'une participation à une civilisation étrangère, pouvant influer sur la civilisation d'arrivée, sur sa littérature et contribuer ainsi à des créations culturelles plus ou moins autonomes. Au contraire, s'il y a traduction, il faut parler de communication littéraire indirecte puisque la traduction littéraire représente un acte de transformation réalisé par un intermédiaire entre deux langues littéraires.

Nous avons un bon exemple de relations littéraires diachroniques entres les civilisations, dans l'humanisme européen, c'est-à-dire dans la réception de l'antiquité grecque et romaine et de tout ce qui s'y rapporte. En revanche Tolède, Prague ou la Sicile en tant que centres interculturels à certaines époques, les romans maghrébins ou caraïbes de langue française ou la réception internationale des romans de Walter Scott illustrent différents types de synchronie. La manière dont les aspects synchronique et diachronique se combinent dans la réalité peut être démontrée en s'appuyant sur le nouveau roman français: tout en s'intégrant dans l'histoire littéraire française, ce roman présuppose les expériences de Faulkner, de Kafka et de Joyce. Il connut en même temps, un succès international, influençant surtout la novela nueva des années soixante en Amérique latine. Il y a donc synchronie et diachronie en même temp qu'un contexte national et international. L'existence de ces deux contextes, importants tant pour la production que pour la réception littéraire, paraît être un trait caractéristique de la littérature moderne que personne ne contestera. De toute façon, il semble que l'aspect synchronique s'affirme de plus en plus dans un monde qui, du point de vue de la communication, ne cesse de se restreindre, ce que la critique littéraire interculturelle ne manque pas de prendre en considération. Ce qui la distingue d'une critique traditionnelle.

Née au XIXe siècle à l'heure de la formation des États nationaux, la philologie moderne et institutionnalisée en leur procurant des littératures nationales a contribué largement à leur création. Le point de vue national de l'histoire littéraire se remarque par exemple en Italie chez De Sanctis, et surtout en Allemagne. En France au contraire, August Wilhem Schlegel, Madame de Staël ou Charles de Villers ont contribué à répandre les idées cosmopolites issues du premier romantisme allemand et, ainsi, à faire naître la littérature comparée moderne. Mais en général, le point de vue national prédomine jusqu'au milieu du XXe siècle souvent grâce à l'influence allemande. Les idées d'originalité et de progrès ainsi que certaines théories sociologiques et certaines analogies avec la biologie servent à la justification de faits et de lois pour fonder une histoire littéraire nationale. Il en va de même, pour la littérature comparée ainsi que la littérature générale traditionnelles-d'origine française ou américaine - tout comme la Stoff-, Themen- und Motivgeschichte ou la Toposforschung allemande, qui partagent un bon nombre de préjugés de l'historiographie littéraire nationale, même si elles tirent parfois des conclusions supranationales. En outre, la recherche des sources, des influences ou les comparaisons littéraires donnent souvent lieu à des remarques qui sont loin d'être précises ou d'apporter un réel éclaircissement.

Au-delà de l'énonciation des sources, des influences reçues ou exercées, des analogies ou des répétitions dans différentes littératures, on ne s'occupait guère d'une historicité de la littérature fondée sur l'acte de la lecture. La réception, qui apparaît par exemple chez Jean-Paul Sartre dans Qu'est-ce que la littérature? (1948), et qui est posée comme méthode par Hans-Robert Jauss à partir de 1970 (Literaturgeschichte als Provokation), ainsi que l'abandon général du point de vue national au profit d'un point de vue international, lié souvent à l'idée de l'intertextualité, ont l'une et l'autre préparé le concept d'interculturalité littéraire. Ces recherches interculturelles dépassent la littérature comparée et la littérature générale traditionnelles parce qu'elles sont - au sens propre du terme - inter-nationales et inter-culturelles, ajoutant aux vieux concepts celui de transfert. C'est-à-dire que les recherches interculturelles dans le domaine littéraire s'intéressent à la fois à la littérature de départ et à la littérature d'arrivée, ainsi qu'à tout ce qui se passe entre les deux. On analyse donc les conditions et les conséquences du transfert dans les littératures de départ et d'arrivée tout comme les contenus - leurs choix et leurs transformations -, les formes, les moyens, les chemins du transfert ainsi que les individus et les groupes ou les couches sociales qui y sont impliqués. Voilà pourquoi la recherche littéraire interculturelle ne s'intéresse pas seulement à la signification d'une œuvre d'art littéraire ou de l'un de ses éléments dans la civilisation de départ, mais elle s'intéresse aussi à la signification de cette œuvre ou de cet élément dans la civilisation d'arrivée et à tout ce qui peut en expliquer les correspondances et les différences. Comme les traductions sont une des formes, sinon la forme la plus importante du transfert littéraire interculturel, il est clair que l'étude de la traduction littéraire constitue un cas spécial dans le cadre des recherches interculturelles. Toutefois, n'oublions pas de mentionner la possibilité qu'ont d'autres médias de procéder à un transfert de ce genre, comme dans le cas de l'adaptation cinématographique d'un conte arabe à Hollywood.

Théorie de l'interculturalité littéraire

Si l'on tient compte des réflexions de Ernest Cassirer selon lesquelles les hommes vivent dans la "Kultur" comme dans un monde de significations - "Welt der Bedeutungen" (Zur Logik, 75) - et si l'on se base sur la théorie de la communication, la culture peut être définie comme unité socio-sémantique qui se distingue des autres unités équivalentes par une différence de codes. Il s'agit avant tout d'une différence linguistique (du moins dans les civilisations développées que l'on connaît). La civilisation est donc réalisée par une communauté de vie et de communication suffisamment homogènes et suffisamment distinctes des autres, pour n'avoir pas besoin de traduction pour la compréhension mutuelle de ses membres.

Il y a interculturalité littéraire quand il y a transfert littéraire entre des civilisations dont les différences, se révèlent d'une part dans l'utilisation de codes de communication différents et sont d'autre part le résultat d'une distance qu'elle soit temporelle ou spatiale. Les civilisations forment ainsi des unités qui peuvent être décrites comme des horizons culturels, toujours plus ou moins éloignés les uns des autres, soit dans l'espace, soit dans le temps et qui, se distinguent en ce qui concerne la littérature par une différence de code linguistico-littéraire. En effet, lorsqu'il existe une concordance spatiale, la distance temporelle doit être suffisamment importante pour entraîner une différence linguistique. Mais dans le cas d'une grande distance spatiale, une distance temporelle minime suffit à provoquer une différence linsguistique. Mis à part le fait que l'on puisse participer à une autre civilisation en maîtrisant la langue, d'autre types de transfert interculturel doivent être évoqués:

1. Le transfert entre des civilisations qui sont plus séparées dans l'espace que dans le temps (par exemple la réception d'un roman sud-américain contemporain en france);

2. Le transfert entre des civilisations séparées seulement dans le temps (par exemple la réception d'un roman de Chrétien de Troyes en France au XIXe ou au XXe siècle);

3. Le transfert entre des civilisations séparées aussi bien dans le temps que dans l'espace (par exemple la réception de l'épopée de Gilgamesh en France au XIXe ou au XXe siècle);

4. Le transfert indirect entre des civilisations par la réception d'un transfert primaire réalisé dans un autre horizon culturel ou même dans d'autres horizons culturels (par exemple la réception des romans anglais en Allemagne au XVIIIe siècle par le biais de leurs traductions françaises).

Basée sur la différence des langues littéraires, l'interculturalité dans le domaine de la littérature est un cas spécial de communication littéraire. Celle-ci peut être directe si l'œuvre est reçue en version originale ou indirecte si elle est d'abord traduite. Dans un cas comme dans l'autre, il est bon de rappeler une phrase tirée de la théorie de la perception aristotélicienne: quidquid ad modum recipientis recipitur. En outre, il est important pour celui qui analyse des relations interculturelles de se rendre compte qu'il appartient, lui-aussi, à un horizon culturel, particulier qu'il s'agisse de l'un de ceux dont il analyse les relations ou bien d'un troisième horizon culturel. En tant qu'historien, il a de toute façon besoin d'avoir une certaine distance temporelle par rapport aux relations littéraires interculturelles qu'il cherche à comprendre. En réfléchissant sur les conditions de l'analyse, on établit une distance herméneutique, ce qui veut dire que l'horizon culturel considéré devient un autre horizon. La théorie herméneutique, considérant la sémantique historique comme base de toute recherche d'histoire dans le domaine de la littérature, s'oppose en effet au relativisme subjectif qui part, lui, de l'idée de l'arbitraire de la signification. Pourtant, l'altérité, avec toutes ses différences, suppose aussi un fonds commun à tous, sinon l'autre ne serait pas compréhensible.

Si l'on reconnaît dans la distance herméneutique une différence herméneutique, ce qui est jugé différent dans l'autre aura le caractère d'étranger. Mais l'attitude envers l'autre peut être naïve ou réfléchie. Celui qui est naïf ne trouve dans l'autre que ce qu'il connaît d'expérience; celui qui réfléchit dispose, par contre, d'une idée de l'autre dans lequel il découvre aussi bien des éléments qui lui sont communs que des éléments qui lui sont étrangers. Il en résulte que ce qui est jugé étranger peut être étranger en fonction du temps et de l'espace, et en fonctions de la subjectivité ou de l'objectivité. Dans une œuvre littéraire, on peut qualifier d'étranger aussi bien les choses que les mœurs les éléments linguistiques qu'esthétiques.

Tandis qu'on portait rarement autrefois un véritable intérêt aux différences entre les civilisations, on peut constater que la situation en Europe, depuis le XVIIIe siècle évolue sans cesse en sorte que l'attention portée aux autres civilisations amène à mettra valeur la notion de l'autre, et engendrera l'idée de l'altérité. Mais la reconnaissance et l'assimilation de ce qui est étranger va poser un problème particulier qui s'aggravera en fonction de la distance temporelle ou spatiale. Tout comme, il est évident que le transfert n'est jamais un processus neutre. Bien au contraire, le transfert modifie son objet. Ce qui fait qu'il y a toujours à la fois une perte et un gain et par suit l'objet ne sera pas le même dans la civilisation d'arrivée dont il élargit l'horizon culturel. C'est de cette manière que le transfert modifie la civilisation d'arrivée.

Il faut cependant souligner que la notion d'interculturalité ouvre un grand champ d'investigation, et ne décrit pas une méthode. Il en résulte que la recherche interculturelle dans le domaine de la littérature peut et doit recourir aux méthodes éprouvées de la critique et devra les intégrer dans son concept dans la mesure où elle ne développera pas ses propres méthodes. Parmi les méthodes qui cherchent à expliquer la signification de l'œuvre d'art littéraire, la méthode sociologique, née au XIXe siècle avec la critique littéraire moderne et avec l'idée des nations modernes, reste en général limitée. Car d'une part, elle ne trouvera ses questions et ses réponses que dans l'horizon culturel de la production de l'œuvre et d'autre part, elle n'arrivera qu'à une sociologie comparée des littératures mettant ainsi en relation les résultats de recherches menées dans plusieurs horizons culturels. Au contraire, une critique interculturelle, appuyée sur l'anthropologie, peut envisager la littérature sous ses aspects transculturels et universels, diachroniques ou synchroniques. Car si la méthode sociologique (qui ne doit pas forcément partir d'une identité des notion de société et de nation) est appropriée pour expliquer ce qui est socialement conditionné et les variables dans l'histoire littéraire mondiale, une méthode basée sur l'anthropologie peut aussi expliquer ce qui est anthropologiquement conditionné, et par suite les constantes de l'histoire littéraire mondiale. Ainsi les méthodes, loin de s'exclure, se complètent.

Udo Schöning

Universität Göttingen

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