Dictionnaire International des Termes Littéraires

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ONOMATOPÉE / Onomatopoeia

ETYMOLOGIE / etymology

ETUDE SEMANTIQUE / Definitions

COMMENTAIRE / Analysis

Certaines classifications ont été tentées. Charles Bally les appelle monorèmes ou «phrase réduite à un seul membre» et Lucien Tesniere cité par Denis Slakta phrasillons. Le signifiant c'est-à-dire la suite phonique construite en rapport avec le système phonologique de la langue cherche à établir un rapport étroit avec le signifié c'est-à-dire, dans le cas qui nous préoccupe, le bruit imité, le but visé étant d'être le plus expressif possible, le plus proche de la réalité. Etant donné que chaque langue possède son système phonologique, les onomatopées sont différentes selon les pays (cocorico en français, cucurigu en roumain, chicchirichi en italien, etc.) et peuvent induire en erreur. Selon Charles Bally, «c'est le sens du mot qui pousse à chercher un effet musical dans un groupe de sons», car «certains groupements de sons favorisent, le cas échéant, une impression des sens, une représentation sensible, si le sens du mot se prête à cette association; à eux seuls, les sons ne parviendraient pas à produire une action de ce genre». Le statut syntaxique des onomatopées est particulier. En effet, elles revêtent la valeur d'une proposition si celle-ci devait les remplacer.

De par leur expressivité et leur spontanéité, elles investissent un certain nombre de domaines.

Les slogans publicitaires les utilisent volontiers: «Tuc, le crac des trucs qu'on croque». Les réalisateurs de bandes dessinées qui parfois dessinent aussi dans les média non seulement multiplient les «Aîe!», les «Oh!», les «Drriingg!», les «Bang» etc. mais sont extrêmement créatifs. Les onomatopées font partie du langage enfantin. Par conséquent, elles sont constitutives de certaines comptines qui ne sont qu'onomatopéiques. Par exemple «Am stram gram Pic et pic et colégram Bour et bour et ratatam Am stram gram» dont il existe plus de trois cents versions (Ams ter dam; Ein, zwei drei, etc.). Les comptines ne jouant que sur les phonèmes sont dépourvues de sens référentiel. Mais certaines comptines peuvent conjuguer plusieurs faits, sens et non-sens: «Co co co! Un coq fait cocorico Avec un fifre dans le dos. Une poule fait cacalaca Avec un harmonica. A toi!». Le rythme est donc un paramètre fondamental. Souvent, la comptine est considérée comme le niveau minimal de la musique. Les sonorités sont frustres et primaires mais elles évoquent la grande universalité du rythme et du folklore enfantin. Il n'est cependant pas exclu que le rythme s'adapte à la rythmique du pays: certaines comptines africaines peuvent imiter le son du tambour. Le côté absurde des paroles implique donc que c'est le sens qui est déterminé par le son et non l'inverse. C'est le plaisir lié au rythme qui est à la base de la musique. La comptine sert à l'apprentissage social, elle favorise l'exercice de la reconnaissance des autres, du groupe de l'individu par rapport au groupe. L'enfant parle et compte et grâce à la comptine, quelque chose se règle dans le groupe du fait qu'aucun enfant n'est livré à la force d'un autre. La comptine jette un sort mais un sort maîtrisé, ritualisé s'accomplissant après comptage seulement. Cette façon juridique, législative d'adhérer à une communauté de jeu implique que la comptine est un acte performatif. La comptine a souvent été considérée comme un mode d'apprentissage de la poésie. Roman Jakobson disait que la comptine caractérise l'art verbal de l'enfant tandis que la poésie caractérise l'art verbal de l'adulte. Certains poètes ont été interpellés par cet art verbal enfantin. En voici une créée par Victor Hugo «Mirlababi surlababo Mirliton ribon ribette; Surlababi mirlababo Mirliton ribon ribo». La jonglerie avec les onomatopées, les assonances et les consonances bizarres a aussi attiré certains chansonniers. Le Comic Strip de Serge Gainsbourg intrègre un certain nombre d'onomatopées «Viens, petite fille, dans mon comic strip, Viens faire des bulles, viens faire des wip, des clip crap, des bang, des vlop et des zip, Shebam, pow, blop, wizz!».

Le rôle des onomatopées dans la littérature est de rendre le texte expressif du fait qu'elles imitent des bruits réels. Certains auteurs les affectionnent particulièrement. Jean-Marie Gustave Le Clezio dans Les Géants les utilise volontiers: «Si vous n'avez pas de mots, ne dites pas de mots, dites des cris, des toux, des chats, n'importe quelle onomatopée. Dites: Zip! Flak! Waapi! [...] Tout cela était étonnant, un peu inquiétant même. Bogo le Muet regardait toutes les bouches autour de lui, et il écoutait attentivement le bruit qu'elles faisaient. Ensuite avec se bouche, mais à voix basse, il répétait ce qu'il avait entendu. Mais ça, ce n'était pas parler. C'était imiter les bruits, à la manière des perroquets qui sont pendus devant les portes des cafés, et qui crient toute la journée en contrefaisant le bruit du percolateur, le bruit des petites cuiller dans les tasses, le bruit de la caisse enregistreuse, ou bien le bruit des gens en train d'aspirer du Pepsi-cola avec une paille: «Pchchchchch» «Louip! louip!» «Hing!» «Rak - rak -rak - rak» «Oooooph, ooooph». C'était juste comme ça que Bogo le Muet aimait parler. Mais naturellement, personne ne comprenait ce qu'il disait».

Les onomatopées peuvent être polysémiques et ont un rôle pragmatique: les Oh! les Ah! et d'autres encore peuvent signifier la joie, la peine, la surprise, l'étonnement, etc. C'est donc le contexte qui permet de les décoder. Lors de leur actualisation dans le discours, les onomatopées produisent des effets sur l'interlocuteur. Selon Oswald Ducrot «la parole est donc appelée à témoigner pour elle-même». Mais les onomatopées impliquent aussi les mimiques, les attitudes, les jeux physiologiques, etc. C'est pourquoi, elles apparaissent aussi dans le théâtre. Il convient donc de distinguer différents types d'onomatopées. Certaines reproduisent le mouvement et le bruit de l'univers (Boum! Tic-tac!). D'autres traduisent les émotions (Hélas!, Zut! Aïe! Ouille!). D'autres encore assurent la fonction phatique, le maintien du contact lors de l'échange (Hm, Hm! Ha ha, Ha ha! Mmmm!), permettent de réagir à ce que l'interlocuteur exprime (Wouah! Et toc!, Burk, Brrr! Holala!) ou d'imposer une attitude («Mme Smith: chéri, c'est toi qui a interrompu le premier, mufle. M. Martin: Chut. (A sa femme.) Qu'est-ce qu'il faisait, le Monsieur?» Eugène Ionesco).

Les onomatopées sont aussi utilisées dans les titres de journaux («Pas de copyright sur le bruit d'un moteur: Harley a perdu son procès contre Honda, qui a copié le «chplomb - chplomb» mythique» (Michel Holtz, Libération, 2 sept. 1996), «Fric - frac impérial à Fontainebleau: les objets en bronze volés au château sont évalués à deux millions de francs» (M. P. Libération, 20 nov. 1995)) et permettent la création de palimpsestes («Les logiciels de jeux éducatifs pour les tout-petits se multiplient: Clic et clic et colegram» (Sylvaine Villeneuve, Libération, 10 nov. 1995)).Les onomatopées sont donc multifonctionnelles: elles sont créativité, expressivité et vivacité.

Tatiana Olenine

Université Catholique de Lyon

BIBLIOGRAPHIE / Bibliographie

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