La notion d’union définit le pronom clitique «qui ne peut être séparé du verbe auquel il est rattaché». (cette définition syntaxique entraîne une définition prosodique. En effet le pronom clitique qui ne porte pas d’accent, «penche» sur le verbe dont il dépend et ne peut, par conséquent, fonctionner seul ; c’est le représentant d’une classe d’éléments (pronom personnel) atones, c’est à dire non accentués, antéposés au verbe et formant avec lui une séquence syntaxique et prosodique soudée.
On distingue alors deux notions pour le même terme, selon qu’il est employé d’une manière générale ou qu’il désigne une certaine classe de pronoms personnels. La définition générale rattachée directement à la prosodie nous conduira, dans un deuxième temps, à étudier la notion de clitique rattachée aux pronoms. La notion de prosodie, on en arrive à une notion de syntaxe pas occulter, dans une certaine mesure, la définition prosodique.
1. Définition prosodique
En linguistique, la prosodie renvoie à tous les phénomènes autre que l’analyse phonologique des consonnes ou des voyelles comme l’accent, les tons, le rythme ou l’intonation. Le phénomène de l’accentuation est directement lié à la notion de clitique ; l’intonation dépend de l’accentuation. Tous deux font intervenir l’intensité, la durée et la hauteur de son. On les qualifie de «suprasegmentaux» puisqu’ils échappent à l’analyse en phonèmes unités phonique «abstraite» qui n’ont de sens par eux-mêmes, mais qui jouent un rôle de distinction des différents mots.
On perçoit alors la phrase comme formée de deux lignes parallèles ; celle des phonèmes et celle de la ligne mélodique qui s’ajouterait à la première. On a longtemps cru que leur rôle était limité, qu’ils avaient une valeur essentiellement expressive, et qu’ils ne constituaient pas des unités discrètes alors que la première ligne est analysable en phonèmes. Des études récentes ont montré au contraire, que la ligne mélodique est, elle aussi, segmentable et que les faits prosodiques constituent de véritables unités linguistiques. Il convient en effet de distinguer le niveau de la prosodie spontanée, qui accompagne les manifestations de joie, de colère etc., et celui de la prosodie linguistique, qui va nous intéresser, où les oppositions des unités sont du même type de celle des phonèmes et qui présentent des fonctions importantes.
L’accentuation
L’accent en phonétique est une marque spécifique permettant de mettre en valeur une unité (de niveau toujours supérieur au phonème) par rapport aux unités de même niveau qu’elle. Sur le plan phonétique, les paramètres essentiels qui caractérisent l’accent sont la fréquence fondamentale du son, la durée, l’intensité et le timbre vocalique. L’importance relative de ces divers facteurs diffèrent d’une langue à l’autre. En français la durée et l’intensité sont utilisées.
Sur le plan phonologique, on peut classer les différentes langues en deux catégories selon la nature de l’accent. On distingue ainsi les langues à accent fixe et les langues à accent libre. Le français appartient à la première catégorie puisque l’accent se place toujours sur la dernière syllabe du mot isolé ou du groupe dans lequel il est inséré : tableau/ un tableau noir.
Dans les langues à accent libre l’accent peut jouer un rôle distinctif et être utilisé à des fins de différenciation sémantique. En chinois on oppose, par exemple lí avec un ton montant qui signifie «poire», et lì avec un ton descendant qui signifie «châtaigne». L’accent permet d’apporter des oppositions sémantiques pour un même terme alors qu’en français, il s’agit d’un accent syntaxique, portant sur un syntagme, qui a une fonction démarcative. Les mots susceptibles de porter l’accent et d’autres qui ne sont pas accentués et qui sont dit clitique. Certaines grammaires parlent d’interdits pour caractériser ces mots. Il s’agit de mots monosyllabiques qui sont nécessairement atones. On retrouve parmi eux les déterminants (articles adjectifs possessifs ou démonstratifs), les prépositions ou les pronoms personnels antéposés au verbe. Les clitiques sont dits proclitiques s’ils prennent appui sur le mot suivant qui est alors appelé mot accentogène. Le cas le plus fréquent en français est le déterminant et le nom. Ils peuvent être enclitiques s’il prennent appui sur le mot qui précède (cas de l’interrogation : où vais-je ?, je est ici un mot enclitique). Un mot clitique peut donc recevoir un accent selon sa position. La tendance du français parlé à retrouver l’ordre canonique dans l’interrogation, a pour effet de restituer l’accentuation sur le mot significatif en désaccentuant un mot clitique : vous partez ?, cependant l’accentuation des mots clitiques, selon leur position, ne concerne que les pronoms personnels conjoints.
prosodique du clitique accentué et sa position syntaxique renvoie à une autre fonction de l’accent qui assurément la plus importante : la fonction contrastante ou culminative. L’accent joue ainsi un rôle dans l’intonation, puisqu’il tombe sur la dernière syllabe du groupe intonatif et, en quelque sorte, souligne l’effet de relief mélodique.
L’intonation
Catégorie avant tout linguistique, l’intonation est liée à la ligne musicale de la phrase, la mélodie, et permet de délimiter un phrase phonologique, correspondant sur le plan phonétique à la phrase syntaxique. L’intonation est aussi liée au rythme qui, lui aussi, est lié à l’accent. Le rythme consiste à la récurrence de groupes, de mesures, comprenant un nombre identique de syllabes dont les unes sont atones et la dernière accentuée. Le rôle de l’intonation est particulièrement important en français du fait du faible rôle de l’accent. Comme l’accent, l’intonation est définie par l’intensité, la durée, la pause, la mélodie et le niveau. On distingue, les intonations caractéristiques de l’interrogation, de l’injonction ou de l’assertion comme modalités énonciatives.
L’intonation assertive descendante est caractéristique des phrases assertives simples. En effet c’est à l’intérieur de ces phrases que le terme clitique prend tout son sens prosodique de non-accentuation. On pourrait dire que se sont des phrases de base dans lesquelles paraît la distinction générale entre les termes accentués et les termes clitiques. Comme les mots clitiques ne sont pas accentués, il n’y a pas de pause entre le clitique et le pronom et le verbe dont il dépend. Cette absence de pause entre le clitique et le mot accentogène est également présente dans une proposition interrogative ou impérative.
Les termes clitiques comme le déterminant ou la préposition ne sont pas accentués et conservent donc leur statut de terme clitique. Cependant les pronoms personnels sont dits «clitiques» et sont accentués s’ils sont postposés au verbe dont ils dépendent et s’ils terminent le groupe accentuel : part-il ?. L’intonation montante met en relief le dernier terme du groupe syntaxique. Dans la séquence précédente il n’y a pas de pause entre le verbe et le pronom et pourtant il est accentué. Donc (la pause absence de pause) va être un argument pour définir le fait que le pronom forme avec le verbe une séquence syntaxique compacte et que, par conséquent, s’ajoute à la définition prosodique une notion syntaxique, lorsqu’il s’agit des pronoms personnels conjoints. Le terme clitique se charge également d’une notion supplémentaire, liée à la syntaxe dans le cas de l’intonation impérative.
De même que dans la phrase assertive, les termes clitiques gardent leur statut de clitique et ne portent pas d’accent ; ce qui est aussi le ca à l’impératif négatif y compris pour les pronoms personnels conjoints qui obéissent à la règle d’antéposition par rapport au verbe dont il dépendent (ils ne sont donc pas accentués). Au contraire, dans le cas de l’impératif positif, les pronoms personnels conjoints dit «clitiques», postposés au verbe, portent l’accent d’intensité et il n’y a pas de pause entre le clitique et son verbe : répond-moi!
Il faut insister sur le fait qu’autant que l’intonation, les pauses jouent un grand rôle et sont liées non seulement à l’intonation mais également à l’accentuation ou plutôt, dans ce cas précis (de terme clitique), à la non acentuation. C’est en cela que, ne portant pas l’accent, il n’y a pas de pause entre un déterminant, par exemple, et un nom. Ainsi ils sont dit «clitique».
Définition syntaxique
Les pronoms clitique portent l’accent d’intensité lorsqu’ils sont postposés dans l’interrogation ou dans une proposition impérative. Employée pour les pronoms personnels conjoints, la notion de clitique relève de la syntaxe mais les linguistique qui étudient les langues romanes utilisent la notion pour une classe d’unités atones (je, tu, le...) Contiguës au verbe, que ce soit devant ou derrière présentant la particularité d’occuper cette position indépendamment de leur fonctions dans la phrase et possédant leurs propres règles.
Les éléments dits «clitiques» ne sont pas nécessairement les traditionnels pronoms personnels ni même des pronoms. Il peut s’agir du pronom démonstratif sujet ce ou du marqueur de la négation ne. Ces morphèmes atones et adjoints immédiatement au verbe , ne peuvent combiner qu’entre eux. Il est vrai qu’on ne peut pas dire : je décidément ne veux aucun livre. Au contraire, on peut intercaler un autre terme entre un mot clitique (autre qu’un pronom personnel conjoint) un le termes dont il dépend : je veux le gros gâteau. En d’autres termes un pronom clitique ne peut être séparé de son verbe que par un autre pronom clitique ou par l’élément de la négation «ne» : je le lui dis / je ne lui dis pas. «Clitique» signifie alors que le pronom conjoint et verbe forment une séquence syntaxique soudée. Cependant on a vu précédemment que le pronom clitique est défini comme étant atone. Ceci ne vaut que dans le cas d’antéposition par rapport au verbe. Le pronom clitique intègre un groupe où seul le verbe porte l’accent (le pronom n’étant pas accentué). Il forme alors avec le verbe une séquence prosodique soudée. En effet si l’on reprend des arguments énoncés précédemment, on peu dire qu’il n’y a pas de pause entre le clitique et le verbe (à l’oral pronom clitique et verbe sont prononcés comme s’ils ne formaient qu’un seul mot phonologique), et l’accent tombe à la fin du groupe, sur l’ultime syllabe. Cela explique qu’à l’impératif positif ou dans l’interrogation l’accent tombe sur le pronom, dans la mesure où il termine le groupe : donne le moi / vient-il ? Le pronom clitique devient donc accentué.
Par conséquent même s’il y a un phénomène prosodique notamment avec l’intonation, l’accent sur le pronom n’est ici qu’un effet de la position syntaxique. Le caractère atone est donc moindre et la notion de conjonction essentielle. Nous le démontrerons par la suite, mais avant il faut apporter quelques précisions sur le caractère conjoint du pronom clitique. En effet ce qui apparaît essentiel aujourd’hui ne l’a pas toujours été. Il convient de faire un bref rappel historique concernant le statut des pronoms personnels au cours des siècles précédents.
Historique : du Bas-Latin au XVIIe siècle.
Dans le système latin et bas-latin, la place du pronom était aussi libre que celle du nom. Par conséquent aucune forme n’était conjointe. L’innovation essentiel, au XIIe siècle, consitste dans la spécialisation des formes existentielles (me/te/le, la, les) qui par définition disent quel rôle joue une personne et dénotent des comportements ressortissant à l’existence. Cette définition désigne les pronoms compléments conjoints qui deviennent alors contiguës au verbe qu’il précèdent.
Au contraire, les pronoms personnels sujets n’ont pas ce statut car ils sont fréquemment exclus de la première place. Ils étaient omis afin de perpétuer le statut du latin classique. Les pronoms dits «existentiels», eux, sont devenus obligatoires et conjoints au verbe. Ce n’est qu’entre le XIIIe et le XVIIe siècles que le pronom personnel sujet est devenu obligatoire et inséparable du verbe, comme les pronoms dits«régimes atones», bien qu’au XVIIe siècle il subsiste des cas d’ellipse du clitique sujet dans des cas particuliers.
Si l’on peut séparer le pronom du verbe il est disjoint. Il jouit d’une certaine mobilité car il possède un comportement syntaxique analogue à celui du groupe nominal séparé du verbe (par une pause, une préposition etc.). On peut dire, en apostrophe : toi, suis-moi ! Ou bien suis-moi, toi !.
Les formes disjointes sont plus souvent en position accentuée (par exemple après une préposition) ; au contraire les formes conjointes, en antéposition par rapport au verbe, sont proclitique et constituent, avec le verbe, un groupe où seul le verbe est accentué. Aussi emploi-t-on souvent les termes toniques et atone au lieu de disjoint et conjoint. Or cette dénomination a le défaut de nommer pour essentielle la présence ou l’absence d’un accent qui n’est qu’un effet de la position syntaxique. De plus, en position postverbale, comme dans prend-le, les pronoms conjoints restent contigus au verbe, et reçoivent l’accent s’ils terminent le groupe (prend-le). Le caractère atone est donc caduc et le caractère conjoint essentiel. Une des conséquences de l’accent d’intensité en pareille position, est que me et te sont remplacés par moi et toi (parle-moi, regarde-toi) ; il s’agit de formes conjointes modifiées en variante combinatoire, toniques, mais à ne pas confondre avec les formes disjointes. En effet même tonique, ces formes restent clitiques dans le sens où elles forment, avec le verbe, une séquence syntaxique soudée. Un étude expérimentale de Monique Léon, L’accentuation des pronoms personnels en français standard, a confirmé en 1972 le caractère secondaire de l’opposition tonique/atone, souvent caduque, soumise aux contingences de l’intonation pour laquelle on peut reconnaître un rôle grammatical.
On se heurte à la notion de séquence syntaxique soudée supposant des règles d’organisation grammaticale aux termes de l’énoncé ; se pose également le problème d’une opposition dans le fonctionnement sémantique des pronoms clitiques. On peut donc élargir le problème aux notions d’embrayage et d’anaphore. Les pronoms clitiques sont en effet scindés en deux catégories sémantico-référentielles.
Les uns sont des déictiques : me, te, je, nous, vous, on. Ces pronoms n’ont pas d’antécédent et le référent est identifié à partir de la situation de discours dans laquelle ils sont employés.
Les pronoms de troisième personne, il, elle, le, la, les, lui, leur, ne sont pas des protagonistes de l’énonciation. Ils fonctionnent comme des anaphoriques dont le référent est identifié à partir d’éléments antérieurs. Une expression est anaphorique si son interprétation référentielle dépend d’une autre expression qui figure dans le texte. La notion d’anaphore permet de décrire un aspect de l’organisation du texte. Les pronoms clitiques s’intègrent alors dans le problème de la structuration et de la cohérence textuelle.
Ils jouent donc un rôle et ont une fonction importante dans le système énonciatif et dans la cohérence textuelle.
Comme terme issu de la linguistique, clitique connaît une première définition rattachée à la prosodie désignant tous les termes monosyllabiques qui ne portent pas d’accent. Les pronoms personnels conjoints, eux qui peuvent être postposés au verbe, peuvent être accentués s’ils sont en position phrasique finale. Du fait du faible rôle de l’accent, l’intonation va jouer un rôle important en français. La phrase assertive est le lieu où le terme clitique prend tout son sens et où l’absence de pause (liée à la non-accentuation) permet de distinguer les groupes syntagmatiques. C’est dans les phrases impératives et interrogatives que l’on se heurte à un élargissement de la définition de la notion de clitique, avec la classe des pronoms personnels conjoints. Ces derniers pouvant être accentués, on glisse de la prosodie à la syntaxe puisque l’accent ne devient alors qu’un effet de la position syntaxique du pronom. La notion de clitique rattachée aux pronoms personnels conjoints, désigne une classe d’unités nonosyllabiques qui forment avec le verbe dont ils dépendent, une séquence syntaxique et prosodique soudée. La notion de groupe prosodique compact se justifie par le fait que le pronom intègre le groupe verbal et qu’à l’oral il devient l’équivalent d’un mot phonologique ; selon la règle générale d’antéposition par rapport au verbe, le clitique non-accentué ne peut fonctionner seul et porte donc sur le verbe qui suit. Cependant la notion atone devient caduque et le caractère conjoint essentiel en référence au cas de postposition du pronom clitique dans lequel il porte l’accent. La première définitions est rattachée directement aux phénomènes prosodiques, regroupant l’intonation, le rythme et l’accentuation, et la deuxième place l’accent comme un effet de la position syntaxique lorsque la notion de clitique s’applique aux pronoms personnels conjoints.
Sandrine Lemétayer
Étudiante de maîtrise 2002
Université de Limoges
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