Dictionnaire International des Termes Littéraires

Mode Article

CAPITULAIRE / Capitular

ETYMOLOGIE / etymology

ETUDE SEMANTIQUE / Definitions

COMMENTAIRE / Analysis

Comme substantif et comme adjectif et dans ses divers sens, le terme capitulaire est lié à la culture médiévale.

Comme substantif, le terme désigne d’abord les ordonnances des rois francs et carolingiens. Ces ordonnances étaient divisées en parties. Encore qu’ils n’aient qu’un faible intérêt proprement littéraire, les capitulaires sont d’une grande importance pour l’histoire culturelle de l’Europe médiévale. Le capitulaire Admonitio generalis que Charlemagne décréta en 789 et son capitulaire De litteris colendis (794-796), pour ne citer que ces deux exemples, sont considérés comme étant à l’origine de la renaissance carolingienne. L’empereur y précise ses instructions au sujet de la formation du clergé et de l’organisation des études dans les écoles monastiques et, précisément, capitulaires. Le style de ces deux capitulaires a fait songer à en attribuer la paternité à Alcuin (735-804), abbé de St Martin de Tours, collaborateur de Charlemagne, qui dirigea les écoles des palais d’Aix-la-Chapelle et de Tours et joua un rôle important dans la renaissance de l’époque par ses traités de théologie et son intérêt pour les « arts libéraux ».

Montesquieu, dans De l’esprit des lois, évoque longuement les capitulaires qu’il définit comme « les lois faites dans [les] assemblées » des seigneurs et des évêques, durant les périodes franque et carolingienne (I, XXVIII, ch. 9, Pléiade, t. II, p. 803). Il en précise ainsi les champs d’application : « Les capitulaires étoient de plusieurs espèces. Les uns avoient du rapport au gouvernement politique, d’autres au gouvernement économique, la plupart au gouvernement ecclésiastique, quelques-uns au gouvernement civil » (I, XXVIII, ch. 12, t. II, p. 804).

Le sens proprement religieux du terme dérive du précédent pour désigner les ordonnances et les prescriptions édictées par l’Église elle-même.

Comme adjectif, capitulaire peut, bien évidemment, qualifier ce qui appartient à une assemblée (ou chapitre) de seigneurs, d’évêques, de chanoines : une salle capitulaire, une lettre capitulaire (rédigée par ce genre d’assemblée).

Mais, plus précisément, le terme comme adjectif, et dans l’expression lettre capitulaire, appartient aussi, depuis le XIXe siècle, à la paléographie, à l’étude des manuscrits de l’Europe médiévale. Il s’agit d’une grande, voire d’une très grande lettre par rapport à la graphie du texte, lettre calligraphique et ornementale, qui est employée pour les titres, les rubriques, les incipit, ou comme initiale. Certes, en 1989, Jacques Lemaire, dans son Introduction à la codicologie (Louvain-la-Neuve : U.C.L.), distingue la lettre capitulaire de la « lettrine », initiale « tracée sur un fond peint, qui sert d’encadrement, et rehaussé d’or et d’argent » (p. 189), ainsi que de l’ « initiale », de facture décorative plus sobre, mais en couleur. Selon le même spécialiste, la lettre capitulaire n’est qu’une majuscule. Mais dans les manuscrits (comme en a reproduits Muzerelle dans son livre), cette lettre frappe par ses proportions, notamment lorsqu’elle est employée comme initiale, en tête d’un chapitre : ce peut être une lettre qui a la hauteur de quelques lignes de texte :

 N , a.

Marcel De Grève †

Rijksuniversiteit Gent

BIBLIOGRAPHIE / Bibliographie

De Clercq, Carlo.– La législation religieuse franque.– Louvain : Bibliothèque de l’Université ; Anvers : Centre de recherches historiques, 1936-1958, 2 vol.

Lemaire, Jacques.– Introduction à la codicologie.– Louvain-la-Neuve : Université Catholique de Louvain, Publications de l’Institut d’Études médiévales, 1989.

Ganshof, François-Louis.– Recherches sur les capitulaires.– Paris : Sirey, 1958.

Muzerelle, Denis.– Vocabulaire codicologique. Répertoire méthodique des termes français relatifs aux manuscrits. – Paris : Éditions CEMI, 1985.

Scheibe, F.-C. – « Alcuin und die Admonitio generalis », in : Deutsches Archiv, n̊14 (1958).

Wallach, Luitpold.– Alcuin and Charlemagne. Studies in Carolingian History and Literature.– Ithaca- New York : Cornell University Press, 1959.